Expulsions des cités universitaires : que deviennent les étudiants déguerpis ?

Désireux de rétablir l’ordre dans les cités universitaires, le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche scientifique a stipulé dans un communiqué en date du 02 Octobre 2024 l’expulsion des étudiants qui occupent illégalement les cités universitaires.

  Il est demandé aux Etudiants occupant les chambres des cités universitaires des différents CROU de façon illégale, de libérer lesdites chambres en emportant tous leurs effets personnels, dès ce mercredi 02 octobre 2024. En guise de démarrage de cette opération, dès ce jeudi 03 octobre 2024 à 12 heures 00, les agents du CROU A1, aidés des forces de l’ordre, veilleront à l’application effective de cette décision dans les cités du campus de Cocody.

Extrait du communiqué du Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique

Ainsi, d’octobre à décembre 2024, plusieurs étudiants de l’Université Félix Houphouët-Boigny de Cocody ont été brutalement déguerpis de leurs résidences universitaires pour diverses raisons, notamment des critères d’âge anticipé, le non-renouvellement des dossiers, etc.

Ayant fait couler beaucoup d’encre, une opération d’une telle envergure ne pouvait être sans répercussions. Il va sans dire que ces déguerpissements ont inéluctablement engendré des conséquences sociales, académiques et économiques, qui aujourd’hui affectent les étudiants touchés.

 Ainsi, d’octobre à décembre 2024, plusieurs étudiants de l’Université Félix Houphouët-Boigny de Cocody ont été brutalement déguerpis de leurs résidences universitaires pour diverses raisons, notamment des critères d’âge anticipé, le non-renouvellement des dossiers, etc.

Ayant fait couler beaucoup d’encre, une opération d’une telle envergure ne pouvait être sans répercussions. Il va sans dire que ces déguerpissements ont inéluctablement engendré des conséquences sociales, académiques et économiques, qui aujourd’hui affectent les étudiants touchés.

Quelles difficultés rencontrent-ils depuis les expulsions ? Comment cette situation affecte-t-elle leurs études ?

Voici autant de questions que cette situation soulève. Dans le but d’en savoir plus sur les réalités auxquelles ils sont confrontés après les déguerpissements, nous avons recueilli des témoignages de quelques étudiants dont l’anonymat sera préservé.

  • DA, Licence 2 de criminologie : « Suite à ces déguerpissements, je fais évidemment face à des problèmes de logement, de transport et de concentration. Etant donné que je n’ai pas de famille à Abidjan, ni personne pour m’hébergé, je me trouve actuellement à Korhogo, une ville située au nord de la Côte d’Ivoire. J’attends l’approbation d’un ami à qui j’ai demandé d’être son colocataire durant l’année universitaire. Cette distance a bouleversé mes études et mon quotidien. À Korhogo, je n’ai aucune possibilité de suivre les cours d’autant plus que notre département ne propose pas de cours en ligne ».
  • OR, Licence 3 de droit : « Dès que j’ai reçu la note écrite sur le déguerpissement des étudiants illégalement logés dans les cités universitaires, je suis immédiatement rentrée en famille à N’douci, une ville située dans le Sud du pays. Ne disposant ni de famille à Abidjan ni des moyens financiers pour louer un logement, j’ai dû m’adapter. Habituellement, je valide dans toutes mes UE, mais à cause de cette situation, j’ai raté des compositions, ce qui m’a coûté mon année. Pour cette nouvelle année universitaire, je vis de famille en famille durant les semaines de cours et retourne à N’douci les week-ends. Actuellement, je suis hébergée chez les parents d’une amie à la rivera palmeraie, dans des conditions précaires ». 
  • KGA, Master 1 de droit privé fondamental : « Depuis mon expulsion, je suis confronté à plusieurs difficultés : problème de logement, de transport pour me rendre au cours, retards au cours, difficultés à étudier. Cette situation affecte mon quotidien et mes études réduisant considérablement mon temps de travail. Il est devenu quasi impossible pour moi d’étudier convenablement, car j’arrive à la maison à 22 heures, en raison des embouteillages. Tout fatigué, je ne peux que travailler qu’une ou deux heures selon que mon état. Par ailleurs, je relève que nous n’avons plus le droit, en tant qu’étudiants de rester dans les salles de cours de l’université pour étudier. En conséquence, il m’arrive de m’endormir au cours, ce qui nuit à mes performances académiques ».

L’avenir de centaines d’étudiants hypothéqué.

Crédit photo: AFP

Ces témoignages des étudiants déguerpis mettent en lumière une réalité à la fois alarmante et précaire.

En effet, force est de constater que les expulsions ont engendré une instabilité majeure dans la vie des étudiants affectés. Qu’il s’agisse des difficultés à trouver un logement, du coût de transport ou des impacts négatifs sur leurs performances académiques, ces étudiants partagent les mêmes détresses. Cette situation révèle en filigrane l’urgence et la nécessité de trouver des solutions durables et adaptées aux besoins des étudiants. Par exemple, une augmentation de l’offre de logements universitaires et les mesures d’accompagnement pour les étudiants en difficultés pourraient être envisagés. Il est primordial que les autorités prennent en compte ces témoignages et répondent efficacement à ces besoins afin de garantir la réussite académique et la stabilité sociale de ces étudiants.

Par AMINATA DIENE

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